Origine et histoire de la Chapelle de l'Oratoire
La chapelle de l'Oratoire d'Avignon, située rue Joseph-Vernet, fut construite entre 1713 et 1749 sous l’impulsion des Oratoriens, une congrégation religieuse installée dans la ville depuis 1646. Les travaux, interrompus à plusieurs reprises, furent dirigés par des architectes successifs comme Jean Léonard, Jean-Ange Brun et Jean-Baptiste Péru. Son plan innovant, combinant deux ellipses concentriques et un chœur circulaire, s’inspire partiellement de la chapelle de la Vieille Charité de Marseille, conçue par Pierre Puget. La façade, ornée de pilastres corinthiens jumelés et d’un portique concave, témoigne d’une recherche esthétique ambitieuse pour l’époque.
L’histoire de la chapelle est marquée par des tensions financières et des changements d’architectes. Le Père Jean-Melchior de Mayne, supérieur de l’ordre, supervisa le projet mais se heurta à des conflits avec les artisans, notamment Jean-Ange Brun, accusé de malversations, et Jean-Baptiste Péru, parti en 1747 sans être payé. Finalisée en 1749 pour un coût de 95 000 livres, elle fut consacrée en 1750. Pendant la Révolution, les Oratoriens, initialement favorables aux idées nouvelles, la transformèrent en « Club patriotique ». Après le massacre de la Glacière en 1791, elle servit d’entrepôt à poudre pour la municipalité, échappant ainsi à la destruction.
Classée monument historique en 1912, la chapelle fut rendue au culte en 1825 et devint plus tard l’aumônerie du lycée Frédéric-Mistral. Son architecture intérieure, avec ses voûtes en cul-de-four, ses tribunes et sa coupole percée d’oeils-de-boeuf, en fait un exemple rare du baroque religieux en Provence. Les Oratoriens, dissous à la Révolution, avaient auparavant fondé un séminaire à Avignon en 1669, contribuant à l’influence spirituelle et intellectuelle de la congrégation dans la région.
La conception de la chapelle mobilisa des talents variés, dont l’architecte Ferdinand Delamonce, de passage à Avignon en 1729, qui fournit les plans définitifs. Les retards et les dépassements de budget illustrent les difficultés logistiques et financières des grands chantiers religieux du XVIIIe siècle. Aujourd’hui, le bâtiment, propriété de la commune, conserve son statut de lieu de culte tout en étant un témoignage majeur du patrimoine architectural avignonnais.
Son sauvetage pendant la Révolution s’explique par son usage militaire (dépôt de munitions), évitant une destruction envisagée pour y construire un théâtre. Les archives mentionnent aussi son rôle dans la vie sociale avignonnaise, notamment comme lieu de rassemblement pour les révolutionnaires locaux avant sa réaffectation cultuelle au XIXe siècle.